Compte tes dents, des fois qu’il en manquerait ce soir.

NB : En commençant ce billet, je comptais ne faire qu’un coup de gueule. Il se trouve que ça m’a amené à une réflexion plus… complexe. Et introspective.

Cher lecteur, si je reprends la plume (oui, je sais, le clavier. C’est une image, ça fait poétique.), c’est pour exorciser, extérioriser et -je l’espère- apaiser la tension qui s’est s’est faite mienne dans ces derniers jours. Je préfère passer par un écrit inoffensif, parce que (à ce qu’il paraît) notre société tolère mal qu’on répande les dents de son prochain sur un bureau.

Colère!

Je vais vous parler d’un de mes professeurs. (oui, j’ai repris des études, je vous en reparlerai, promis)

C’est arrivé sans vraiment que je m’y sois préparé. Paf, comme ça, sans crier gare. Bon, c’est vrai, je n’ai jamais eu une grande affection pour le bonhomme. Pas d’antipathie non plus, hein! Juste une indifférence bien pesée, mais bon, puisqu’il fallait qu’on collabore, soit. Je lui donnais l’attention nécessaire à nos bons rapports, sans toutefois forcer la dose, je l’avoue.

Et là, ça a clashé. Pas juste le petit clash, hein. Le bon gros clash des familles.

Il a fallu qu’il nous montre qui était le chef. Bon, déjà dans les faits, j’ai un problème avec ça. Pour moi, dans l’enseignement supérieur, le prof n’est plus le chef des étudiants. Les deux collaborent dans un but commun. On est dans une formation choisie, on en connaît les enjeux, dès lors on n’est plus dans une configuration verticale. Et c’est à la responsabilité de l’étudiant de bien gérer son schmilblick. Bon. Ce n’est visiblement pas l’option considérée par ce professeur.

Mais là encore, je peux m’adapter. Il veut être le chef, avoir un enseignement magistral, vertical, soit. Je peux vivre avec, si c’est fait avec un brin de subtilité.

La condition a toute son importance.

Là, pour le coup, c’est pas gagné. Déjà que pédagogiquement, c’est pas Bysance, mais alors le contact direct, c’est franchement la Bérézina. Je passe sur le support de cours – inutile, puisque copié mot à mot dans le bouquin de référence – et les explications brumeuses – qui ne s’éclairent qu’une fois ledit bouquin consulté – pour arriver directement à la gestion des question des étudiants.

Pour résumer les réponses, on peut choisir parmi les cas suivants :

  1. J’en ai déjà parlé, z’aviez qu’à comprendre.
  2. J’y viendrai, ne dérangez pas le cours.
  3. <répétition quasi mot à mot de l’explication déjà donnée> (tentative inutile, puisque si la question surgit, c’est précisément que l’explication première à échoué dans son objectif pédagogique.)

Bref, il pourrait tout aussi bien dire “Ta gueule!”. Pédagogie, saute-moi contre!

Je vais passer sur la correction du premier test, qui a soulevé beaucoup de questionnements. Ce serait trop long. Et je ne veux pas m’appesantir sur le personnage.

Etendons le propos.

Il arrive –  je suis sûr que tu connais ça, cher lecteur – qu’une personne nous fasse une bonne impression dès le premier regard. Il arrive aussi (et je suis heureux de dire que chez moi cela arrive moins souvent) qu’une personne nous fasse une mauvaise impression. A partir de là, cette personne part avec un handicap – c’est certain – , mais peut sans aucun doute remonter la pente, et montrer l’erreur de notre premier jugement. Malheureusement, il arrive aussi que cette personne s’enfonce encore plus, et arrive dans la catégorie Quand-Je-Te-Vois-J’ai-Des-Pulsions-Violentes.

Il s’agit sans doute d’une alchimie particulière et mystérieuse entre les êtres. Sans doute du même ordre qu’un coup de foudre qui se transforme en histoire durable, sauf que là, ben c’est l’inverse.

Je constate simplement que certaines personnes ont l’art de créer un large consensus autour d’eux. Consensus positif ou négatif. Je ne peux me retenir de penser que pour qu’un tel consensus n’existe, il doit y avoir un fondement.

Et soudain, je me surprend à critiquer notre civilisation, qui par ses règles du politiquement correct, nous retient de péter les rotules des personnes les plus insupportables. Pourtant, si l’on en croit Darwin, ce serait sans doute un bénéfice pour l’évolution de l’espèce humaine. Globalement, en zigouillant les cons, la connerie moyenne de l’humanité diminuerait.

Comme quoi… le fascisme c’est comme les mauvaises herbes : ça pousse partout.

En toute honnêteté, cher lecteur, je ne pensais pas que ce billet m’amènerait là. Je n’avais pas vraiment prévu de parler de ça, mais bon. C’est une bonne occasion. Ouvrons la boîte de Pandore.

Au cours de mes précédentes études (en théologie, pour ceux qui auraient loupé les premiers billets), j’ai eu l’occasion de lire des penseurs brillants, notamment Lévinas, qui m’a beaucoup marqué. Je ne vais pas prétendre vous transmettre le contenu de son œuvre – ce n’est pas à ma portée – mais je vais vous livrer quelques pensées personnelles qui me sont apparues à son contact, ainsi qu’au contact d’autres, dont Hannah Harendt, Giorgio Agamben, ou Primo Lévi.

De mon expérience – dont un petit extrait t’a été donné plus haut – la violence est une pulsion des plus naturelle. A un certain moment, dans certaines circonstances, il nous arrive tous d’avoir une pulsion de meurtre. Je ne parle pas de Je-Te-Collerai-Des-Baffes. Je parle d’une pulsion de meurtre façon Je-T’égorge-Avec-Les-Dents. Beaucoup refuseront de le dire aussi ouvertement, de peur de passer pour des psychopathes. Et je conçois que ce soit difficile à admettre. Il n’est pas socialement admis d’exprimer publiquement une envie de sang et de violence. Mais je pense que c’est tout à fait commun d’avoir cette pulsion. Le mal est banal.

De cette pulsion naît le choix éthique. Que faisons-nous de cette pulsion? Ce choix est souvent difficile, et peut facilement être brouillé : par le mouvement de groupe, par la frustration, par l’envie, par l’idéologie. Mais cette pulsion est en chacun de nous. Et conditionné correctement, chacun de nous dirigera cette violence selon telle ou telle idéologie. Au fond de chacun sommeille un petit facho. C’est à chacun de nous de faire en sorte qu’il continue à dormir. C’est à nous tous, en tant que société, de faire en sorte de réunir les conditions nécessaires à ce que chacun y parvienne. Sachant que la pauvreté, les disparités sociales, le manque d’éducation sont des facteurs qui favorisent le réveil de ces sentiments, faisons en sorte que cela ne se produise pas.

Cher lecteur, je ne pensais pas me livrer à ce point dans ce billet, et je ne pensais certainement pas arriver là où je suis arrivé. Ce billet est certainement plus long que ce que je voulais, mais le dire en moins de mots aurait été trahir encore plus ma pensée sur le sujet. Je devrais sans doute développer d’avantage… peut-être dans un prochain billet.

D’ici là, je te demande d’excuser mes excès…

1 Réponse vers “Compte tes dents, des fois qu’il en manquerait ce soir.”


  1. 1 Anon 26 octobre 2009 à 22:56

    Connaissant le prof en question, je ne peux que confirmer tout ce qui a été dit ici ^^ J’ai rarement vu un personnage aussi antipathique


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