Mgr Williamson, suite…

EDITION (6.4.09; 19.38 ) : CET ARTICLE SE VOULAIT SIMPLISTE, ET JE DOIS HUMBLEMENT AVOUER QU’IL L’A TROP ETE. POUR PLUS DE PRECISIONS, ET PARCE QUE JE NE SAURAIS MIEUX LE DIRE, LISEZ LE COMMENTAIRE CI-DESSOUS, POSTE PAR PIERRE CP. MERCI A LUI! 

Récemment, je me faisais l’écho des remous provoqués par Mgr Williamson, qui avait tenu des propos négationnistes (-> article ). A cette occasion, je m’étais étonné que l’Eglise Catholique n’ait pas pris position contre ces propos. Aujourd’hui, c’est chose faite. L’honnêteté veut que je le mentionne. 

En effet, cher lecteur, je viens de l’apprendre, le Vatican a officiellement demandé a Mgr Williamson de renier ses propos publiquement. Bref, c’est formulé de manière très lisse, mais en clair, c’est une remontée de bretelle carabinée que ce monsieur vient de se prendre. Dans la foulée, le Vatican demande aussi à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (La Communauté d’Ecône, pour ceux qui n’ont pas suivi) de reconnaître officiellement l’autorité du Concile Vatican II et du Pape avant d’être réintégrés dans le service actif. 

Parce que non, ce n’est pas encore fait. Petite parenthèse explicative (simpliste également, mais c’est pour donner une idée). 

En théologie Catholique, l’excommunication, c’est le fait -littéralement- de sortir quelqu’un de la communauté. Plus spécifiquement, le sortir de la communion, c’est-à-dire du partage du Saint Sacrement de l’Eucharistie, par lequel on entre en lien avec Dieu (je t’avais prévenu, c’est simpliste!). Donc, excommunier, c’est proclamer publiquement que untel n’est plus considéré comme proche de Dieu. En terme plus contemporains, on peut dire que c’est un bannissement (encore que ce ne soit pas un vocabulaire très contemporain. M’enfin, tu as saisi.)

Plus spécifiquement, cela implique de facto pour les prêtres la nullité de leur sacerdoce. Ils n’ont plus le droit de célébrer, et leurs actes liturgiques (baptêmes, mariages, messes…) ne sont pas considérés comme valables. 

L’inverse n’est pas vrai. La levée d’une excommunication n’implique pas nécessairement la levée de la nullité de leur sacerdoce. C’est ce qui se passe en l’occurrence : La Communauté d’Ecône n’est plus considérée comme séparée de l’Eglise Catholique (c’est la fin d’un schisme), mais les prêtres et les évêques ordonnés par cette communauté ne sont pas pour autant reconnus comme tels. Cela se fera certainement au cas par cas, en fonction de certains critères : pour Mgr Williamson, un de ces critères sera de renier ses propos. 

Voilà pour mes maigres connaissances de droit canon. 

Ainsi, je me réjouis de cette demande de la part du Vatican, et espère qu’elle sera suivie sur la durée et dans les actes.

2 Réponses vers “Mgr Williamson, suite…”


  1. 1 Pierre CP 6 février 2009 à 20:18

    Bonjour,
    bel effort ! Et bien essayé.
    J’ai l’air d’être ironique mais en réalité j’admire sincèrement cet essai de clarification que vous faites alors que, comme vous le disiez dans le précédent article, vous ne vous sentez pas trop concerné. Merci, donc.
    Maintenant, je dois quand même rectifier deux-trois trucs, m’y connaissant un peu plus (mais je triche, je suis concerné, étant catholique romain ^^).

    D’abord, la levée de l’excommunication ne signifie pas du tout la fin du schisme… Par exemple, en 1965, le pape a levé l’excommunication qui avait été lancé en 1054 sur les orthodoxes. Pourtant le schisme n’est pas terminé… En fait, il faut plutôt voir l’image suivante (que j’emprunte au cardinal Barbarin, archevêque de Lyon) : avec l’excommunication, on signifie à quelqu’un qu’il a passé la frontière, on baisse la barrière et on allume un feu rouge. Avec la levée d’excommunication, on lève la frontière et on met un feu orange clignotant, pour que la personne qui veut rentrer puisse le faire plus facilement. On crée les conditions d’un dialogue, mais c’est tout. Si l’autre veut dialoguer (et en l’occurrence c’est ce qu’ils ont dit vouloir faire), très bien. S’ils veulent rentrer, super. Mais la levée de l’excommunication ne peut pas être confondue avec une réintégration. C’est la possibilité d’une réintégration, si le schismatique décide de faire le nécessaire pour être réintégré (reconnaître Vatican II et, dans le cas de Williamson, récuser publiquement et sans équivoque ses propos négationnistes).

    Par ailleurs, sur la nullité des sacrements, c’est un autre problème. En fait le droit canon distingue les sacrements “valides” et les sacrements “licites”. Un sacrement est valide quand on considère que la grâce de Dieu y est effectivement donnée (il respecte les formes liturgiques). Il est licite quand il est célébré selon les règles juridiques de l’Église.
    De là, premier problème : un sacrement valide ne cesse jamais d’être valide, parce qu’il change la personne en profondeur. Si on a validement été ordonné prêtre, on est prêtre, pour toujours, même si on tombe sous le coup d’une “suspense a divinis” qui revient à rendre les sacrements donnés par ce prêtre illicites – mais valides, s’ils le sont dans la forme…
    Et deuxième problème : les sacrements donnés dans la fraternité Saint-Pie X, en particulier les 4 ordinations de 1988, sont illicites… mais valides. L’excommunication qui les a frappés ne venait pas de l’invalidité du sacrement, et n’avait pas pour conséquence l’invalidité du sacrement (car l’Église n’a aucun pouvoir sur la validité du sacrement : c’est Dieu qui décide de donner sa grâce): elle venait de la célébration illicite du sacrement. C’est-à-dire que ces sacrements, valides, étaient donnés contrairement aux règles juridiques : en l’occurrence, pour les ordinations d’évêque il faut l’accord du pape sur les candidats, et en l’occurrence Mgr Lefebvre n’avait aucune autorisation, il avait même des interdictions très claires.

    Mais un sacrement ne peut pas devenir nul : l’Église ne peut pas rendre nul le sacerdoce d’un prêtre, ni rendre nul le mariage d’un couple. Lorsque l’Église déclare la nullité d’un mariage, elle ne le rend pas nul (ce qui reviendrait à prononcer un divorce) mais déclare que le mariage était nul dès sa célébration (par exemple, parce que le mariage n’était pas libre). D’où la complexité des procès en nullité…

    Je vous renvoie à cette revigorante lettre ouverte d’un évêque français, où il fait le point et pointe du doigt les différents responsables (dans la société et dans l’Église) du gros cafouillage que cette affaire a été :
    http://zenit.org/article-20056?l=french

    Très cordialement

    Pierre CP

  2. 2 Jérémie 6 février 2009 à 20:37

    Merci!

    Je m’attendais à recevoir des précisions de la part d’un Catholique. J’étais d’ailleurs un peu emprunté : j’ai utilisé mes maigres connaissances du droit canon (étant théologien protestant, ce n’est pas ce que j’ai le plus travaillé!) pour écrire cet article. Il n’avait d’ailleurs que peu de prétentions, si ce n’est nuancer l’idée (répandue!) que la levée de l’excommunication correspondait à un reconnaissance et une réintégration de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X par le Vatican.

    J’ai eu des sueurs froides quand mon blog a été assailli de visiteurs (+250% pour la journée de mercredi). Mon blog, presque confidentiel jusque là, avait été mis en lien sur un site francophone très visité.

    Pour le coup, les imprécisions qui me semblaient acceptables devant petite audience sont devenues un vrai dilemme “journalistique”.

    J’allais potasser le sujet pour publier un article plus précis et complet, quand j’ai vu votre commentaire. Vous levez ainsi ou peu de mon dilemme.

    Merci, et surtout, n’hésitez pas à revenir!


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